Obligation légale de débroussaillement : qui doit débroussailler, sur quelle distance et que risque-t-on ?

Si votre maison se situe à moins de 200 mètres d’un bois, d’une forêt, d’une lande, d’un maquis ou d’une garrigue classés à risque d’incendie, vous devez débroussailler sur une profondeur de 50 mètres autour de votre construction — même lorsque ces 50 mètres débordent sur le terrain du voisin — et le défaut de débroussaillement peut être sanctionné jusqu’à 50 € par mètre carré, après une mise en demeure que le maire peut assortir d’une astreinte de 100 € par jour de retard. C’est ce qu’on appelle l’obligation légale de débroussaillement, ou OLD : une obligation qui ne dépend ni de la surface de votre jardin ni de votre bonne volonté, mais uniquement de la localisation de votre bien, fixée par le code forestier puis précisée département par département par arrêté préfectoral.

En bref

  • 50 mètres autour des constructions, soit la longueur d’un bassin olympique — portés à 100 mètres si le maire le décide.
  • 10 mètres maximum de part et d’autre des voies privées qui desservent votre maison, profondeur fixée par le préfet.
  • L’obligation suit la construction, pas la limite de propriété : si les 50 m mordent chez le voisin, c’est à vous de débroussailler chez lui, à vos frais.
  • Trois risques financiers distincts : une astreinte jusqu’à 100 € par jour (plafonnée à 5 000 €), une amende jusqu’à 50 € par m² non débroussaillé, et les travaux d’office facturés par la commune.
  • En cas d’incendie, une franchise d’assurance supplémentaire pouvant atteindre 5 000 €, en sus des franchises de votre contrat.

Suis-je concerné ? Le critère, c’est la carte, pas la taille du terrain #

Beaucoup de propriétaires pensent être hors du champ parce que leur jardin est petit, ou parce qu’ils ne voient pas la forêt depuis leur terrasse. Le critère légal est tout autre. L’article L. 134-6 du code forestier vise les terrains situés à moins de 200 mètres des bois et forêts, dans les territoires classés à risque d’incendie. La distance se mesure par rapport au massif, pas par rapport à votre clôture.

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Comment savoir concrètement si votre commune est concernée ? Trois démarches, de la plus rapide à la plus fiable :

  1. Utilisez l’outil officiel de recherche des zones soumises à l’OLD mis en ligne par l’administration : vous saisissez votre adresse et il vous indique si le bien est situé dans un périmètre concerné.
  2. Consultez l’arrêté préfectoral de votre département (rubrique « risque feu de forêt » du site de la préfecture) : c’est lui qui fixe la liste exacte des communes et, souvent, le calendrier des travaux.
  3. Appelez le service urbanisme de votre mairie ou la DDT(M) (direction départementale des territoires) de votre département : ce sont eux qui détiennent la cartographie opposable et qui, en pratique, contrôlent.

Sur quelle distance débroussailler exactement ? #

L’article L. 134-6 énumère huit situations, et c’est là que les erreurs se logent :

« L’obligation de débroussaillement et de maintien en état débroussaillé s’applique, pour les terrains situés à moins de 200 mètres des bois et forêts, dans chacune des situations suivantes : 1° Aux abords des constructions, chantiers et installations de toute nature, sur une profondeur de 50 mètres ; le maire peut porter cette obligation à 100 mètres ; 2° Aux abords des voies privées donnant accès à ces constructions, chantiers et installations de toute nature, sur une profondeur fixée par le préfet dans une limite maximale de 10 mètres de part et d’autre de la voie ; 3° Sur les terrains situés dans les zones urbaines délimitées par un plan local d’urbanisme rendu public ou approuvé, ou un document d’urbanisme en tenant lieu […] »

— Article L. 134-6 du code forestier, version en vigueur depuis le 12 juillet 2023

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Deux précisions que la plupart des articles escamotent, et qui comptent si vous voulez lire le texte vous-même :

  • Le passage de 50 à 100 mètres relève du maire, et de lui seul, dans les cas visés aux 1° et 7°. Le préfet, lui, intervient ailleurs : il fixe la profondeur applicable aux voies privées (dans la limite de 10 m de chaque côté) et il peut, dans les zones urbaines des communes non dotées d’un PLU (4°), porter l’obligation au-delà de 50 mètres sans excéder 200 mètres. Confondre les deux autorités est l’erreur la plus fréquente.
  • En zone urbaine, le code ne fixe aucune profondeur : le 3° désigne « les terrains situés dans les zones urbaines délimitées par un plan local d’urbanisme », sans mentionner de distance. C’est l’administration qui en tire la conséquence pratique — la fiche officielle service-public.fr, vérifiée le 7 janvier 2025, indique que le débroussaillement concerne alors « l’intégralité de votre parcelle ». Un terrain nu en lotissement peut donc être concerné alors même qu’aucune maison n’y est construite.

Qui supporte les travaux, selon le cas : l’article L. 134-8

C’est l’article que personne ne cite et qui règle pourtant la question « qui paie ». L’article L. 134-8 du code forestier répartit la charge selon la situation invoquée :

  • dans les cas des 1° et 2° (abords des constructions, voies privées d’accès), les travaux sont à la charge du propriétaire des constructions pour la protection desquelles la servitude est établie — pas du propriétaire du terrain à débroussailler ;
  • dans les cas des 3° à 6° (dont les terrains en zone urbaine), ils sont à la charge du propriétaire du terrain ;
  • dans le cas du , du gestionnaire du terrain ou, à défaut, de son propriétaire.

Cette distinction explique la règle qui surprend tout le monde, et qui fait l’objet de la section suivante.

Ce que vous devez faire, sur quelle distance, qui paie, ce que vous risquez

Ce qui est obligatoire Sur quelle distance Qui paie Sanction encourue
Abords de la maison (L. 134-6, 1°) 50 m, portés à 100 m sur décision du maire Le propriétaire de la construction Amende administrative jusqu’à 50 €/m²
Voie privée d’accès (L. 134-6, 2°) Jusqu’à 10 m de chaque côté (fixé par le préfet) Le propriétaire desservi Mise en demeure + exécution d’office
Terrain en zone urbaine (L. 134-6, 3°) Pas de profondeur dans le code ; toute la parcelle selon service-public.fr Le propriétaire du terrain Amende administrative jusqu’à 50 €/m²
Partie des 50 m située chez le voisin Jusqu’à la limite des 50 m (ou 100 m) Vous, propriétaire de la construction protégée Même régime : c’est votre obligation

Le point qui surprend tout le monde : débroussailler chez le voisin #

C’est la règle la plus contre-intuitive de tout le dispositif. L’obligation est attachée à votre construction, pas à votre parcelle. Si le rayon de 50 mètres autour de votre maison franchit la limite séparative, vous devez débroussailler la portion qui se trouve chez le voisin — et c’est vous qui en supportez le coût, pas lui.

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Le fondement est l’article L. 131-12 du code forestier, dont la rédaction est sans ambiguïté : le propriétaire ou l’occupant du fonds voisin compris dans le périmètre « ne peut s’opposer » à la réalisation des travaux par celui à qui incombe l’obligation. Le même article ajoute deux choses qu’on oublie souvent : le voisin peut réaliser lui-même ces travaux s’il le préfère, et « en cas de refus d’accès à sa propriété, l’obligation de débroussaillement ou de maintien en état débroussaillé est mise à sa charge ».

La procédure exacte, et ses deux délais

Le décret d’application a codifié le formalisme à l’article R. 131-14 du code forestier, en vigueur depuis le 3 août 2023. Trois étapes, et deux durées à retenir :

  1. Vous informez le propriétaire et l’occupant du fonds voisin, « par tout moyen permettant d’établir date certaine », des obligations qui s’étendent sur leur terrain. Un courrier recommandé avec accusé de réception remplit cette condition ; un mot dans la boîte aux lettres, non.
  2. Vous leur demandez l’autorisation d’accéder au terrain pour y exécuter les travaux, en leur rappelant qu’à défaut d’autorisation donnée dans un délai d’un mois, ces obligations sont mises à leur charge.
  3. Si l’autorisation est donnée, elle vaut trois ans. Elle peut être révoquée par celui qui l’a accordée, par une notification à date certaine — et dans ce cas, là encore, l’obligation bascule sur le propriétaire voisin.

L’administration met à disposition un modèle de lettre officiel destiné aux propriétaires devant débroussailler chez leurs voisins. Dans tous les cas, prévenez avant d’intervenir : entrer sans avoir informé, c’est s’exposer à un conflit de voisinage qui n’a rien à voir avec le risque incendie. Le sujet des limites de propriété et de la végétation partagée reste l’un des plus contentieux entre riverains.

Débroussailler n’est pas raser : ce que dit la définition légale #

C’est l’erreur la plus fréquente, et elle coûte cher en biodiversité comme en ombrage. Débroussailler ne veut pas dire mettre le terrain à nu. Le code forestier en donne d’ailleurs une définition, à son article L. 131-10 : il s’agit des opérations de réduction des combustibles végétaux de toute nature qui assurent une rupture suffisante de la continuité du couvert végétal, et qui peuvent comprendre l’élimination des rémanents de coupes. Le texte qualifie ces travaux de travaux d’intérêt général de prévention des risques d’incendie.

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Traduit sur le terrain, un terrain conforme présente :

  • Une rupture de la continuité verticale : on supprime l’« échelle » qui permet au feu de passer du sol aux cimes. Cela se traduit par l’élagage des branches basses des arbres conservés et par l’élimination de la strate arbustive située sous les houppiers. La hauteur d’élagage exacte est fixée par l’arrêté préfectoral de votre département : elle n’est pas la même partout, et aucune valeur nationale ne s’impose.
  • Une rupture de la continuité horizontale : on ménage une distance minimale entre les houppiers (les couronnes des arbres), afin que les cimes ne se touchent pas. Là encore, la distance exacte est donnée par l’arrêté de votre département.
  • L’élimination des rémanents : les branches coupées laissées au sol constituent un combustible parfait. Elles doivent être évacuées ou broyées — et non brûlées sur place, l’écobuage étant généralement interdit en période à risque.

Un arbre isolé, sain et bien élagué peut donc parfaitement rester. Ce sont les broussailles, les ronces, les rémanents et les massifs continus d’arbustes qui doivent partir.

Les points que le contrôle regarde en premier

Un terrain peut être visuellement « propre » et rester non conforme, parce que la conformité s’apprécie sur la continuité du combustible, pas sur l’aspect général. En pratique, les abords immédiats du bâti concentrent l’essentiel des remarques :

  • la végétation plaquée contre la façade et sous les débords de toiture, ainsi que les haies conduites en contact direct avec un mur ;
  • le bois de chauffage et les matériaux combustibles stockés contre la maison plutôt qu’à l’écart ;
  • les abords des citernes et cuves de gaz, pour lesquels des prescriptions spécifiques figurent le plus souvent dans l’arrêté préfectoral ;
  • les rémanents non évacués après une coupe, qui annulent le bénéfice du chantier ;
  • la bande le long de la voie privée d’accès, régulièrement oubliée alors qu’elle conditionne l’arrivée des secours.

Quand débroussailler — et quand s’abstenir #

La logique de calendrier est simple : on débroussaille avant la saison à risque, pas pendant. La plupart des arrêtés préfectoraux imposent que les terrains soient en état débroussaillé avant l’entrée dans la période estivale, et fixent une date limite locale qu’il faut vérifier auprès de sa préfecture. Le code parle d’ailleurs de maintien en état débroussaillé : c’est un entretien continu, pas une opération que l’on solde une fois pour toutes.

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Deux réserves que les jardiniers avertis connaissent bien :

  • La période de nidification (grossièrement de mars à juillet selon les régions) : intervenir en pleine reproduction sur des haies et des fourrés détruit des nichées. Anticiper à la fin de l’hiver ou attendre la fin de l’été est préférable quand le calendrier préfectoral le permet.
  • Les arrêtés d’interdiction temporaire : en cas de vent fort et de forte chaleur, de nombreux départements interdisent l’emploi du feu et l’usage d’outils à moteur (débroussailleuse à fil métallique, disque, meuleuse) susceptibles de produire des étincelles. Une lame heurtant un caillou par 35 °C et 60 km/h de vent, c’est un départ de feu. Vérifiez l’arrêté en vigueur le jour même avant de sortir la machine — la même prudence que celle qui s’impose pour tondre la pelouse pendant une canicule.

Dans les départements soumis à des restrictions d’eau, sachez aussi que le débroussaillement reste autorisé : c’est une obligation de sécurité, sans rapport avec l’arrosage. Et le broyat issu du débroussaillement peut utilement servir de paillage — à condition de le placer hors du périmètre sensible et en couche mince.

Ce que vous risquez vraiment #

Le dispositif de sanction est à plusieurs étages, et il commence toujours par une mise en demeure. Surtout, il repose sur trois articles différents que beaucoup de pages confondent — au point d’attribuer au mauvais texte l’astreinte ou les travaux d’office.

1. La mise en demeure et l’amende administrative (L. 135-2)

L’article L. 135-2 du code forestier prévoit que le maire — ou, le cas échéant, le représentant de l’État dans le département — met en demeure la personne tenue à l’obligation d’exécuter les travaux dans un délai qu’il fixe. Si les travaux ne sont pas réalisés à l’expiration de ce délai, l’autorité administrative peut prononcer une amende dont le montant ne peut excéder 50 € par mètre carré soumis à l’obligation. Cet article, et c’est important, ne prévoit ni astreinte ni exécution d’office : ces deux leviers figurent ailleurs.

2. L’astreinte du maire et les travaux d’office (L. 134-9)

C’est l’article le plus souvent omis, et pourtant le plus rapide à s’appliquer. L’article L. 134-9 du code forestier dispose que, si les intéressés n’exécutent pas les travaux prescrits, la commune y pourvoit d’office après mise en demeure du propriétaire et à la charge de celui-ci — la dépense étant ensuite recouvrée comme une créance publique. Le même article permet au maire d’assortir sa mise en demeure d’une astreinte d’un montant maximal de 100 € par jour de retard, le total des sommes demandées ne pouvant excéder 5 000 €. L’astreinte court à compter de la notification de la mise en demeure et jusqu’à l’exécution complète des mesures prescrites.

3. Les sanctions pénales (L. 163-5)

Au pénal, l’article L. 163-5 du code forestier permet de poursuivre le propriétaire qui n’a pas exécuté les travaux prescrits par la mise en demeure : l’amende encourue est également de 50 € par mètre carré soumis à l’obligation. Le tribunal peut en outre assortir l’injonction de travaux d’une astreinte comprise entre 50 € et 100 € par jour et par hectare — à ne pas confondre avec l’astreinte administrative du maire ci-dessus, qui se compte par jour et non par hectare. Le produit de cette astreinte judiciaire est d’ailleurs affecté au financement des travaux exécutés d’office en application de l’article L. 134-9. Enfin, le simple défaut de débroussaillement constaté est réprimé par des contraventions (4e ou 5e classe selon les cas, soit 750 € ou 1 500 € au maximum en application de l’article 131-13 du code pénal).

Levier Montant Qui le prononce Texte
Astreinte administrative Jusqu’à 100 €/jour, total plafonné à 5 000 € Le maire L. 134-9
Travaux d’office Coût réel des travaux, refacturé La commune L. 134-9
Amende administrative Jusqu’à 50 €/m² soumis à l’obligation L’autorité administrative de l’État L. 135-2
Amende pénale + astreinte judiciaire 50 €/m² ; astreinte 50 à 100 €/jour et par hectare Le tribunal L. 163-5
Franchise d’assurance supplémentaire Jusqu’à 5 000 €, en sus des franchises du contrat L’assureur L. 122-8 code des assurances

Attention à une information encore très répandue

De nombreux documents en ligne, y compris des pages institutionnelles non actualisées, citent encore une amende administrative plafonnée à 30 € par m². Ce montant correspond à la rédaction antérieure de l’article L. 135-2. Dans sa version en vigueur depuis le 12 juillet 2023, issue de la loi n° 2023-580 du 10 juillet 2023 (article 25), le plafond est de 50 € par m². Les deux chiffres circulent en parallèle : c’est la version consolidée sur Légifrance qui fait foi.

L’angle mort : votre assurance habitation

C’est la conséquence la moins connue et souvent la plus lourde. L’article L. 122-8 du code des assurances autorise l’assureur, lorsque les dommages procèdent d’un incendie de forêt, à appliquer — en sus des franchises prévues au contrat — une franchise supplémentaire d’un montant maximum de 5 000 € s’il est établi que l’assuré ne s’est pas conformé à ses obligations de débroussaillement.

Il ne s’agit donc pas d’une exclusion automatique de garantie : vous restez indemnisé, mais l’indemnisation peut être amputée de cette franchise. Conservez les preuves de vos travaux (factures d’entreprise, photos datées avant/après) : c’est le seul moyen simple de démontrer votre conformité le jour où elle est contestée.

Combien ça coûte ? Ce qu’on peut dire, et ce qu’on ne peut pas #

Vous trouverez en ligne beaucoup de prix au mètre carré présentés comme des références. Il n’existe aucun tarif réglementé du débroussaillement, et aucune source publique ne publie de barème : les montants qui circulent sont des prix de marché relevés par des sites commerciaux, pas des données vérifiables. Nous ne les reprenons donc pas. Le seul chiffrage fiable est le devis établi sur place par un professionnel.

En revanche, on peut décrire précisément ce qui fait varier la facture, et c’est plus utile pour comparer deux devis :

  • La pente et l’accessibilité : un terrain en dévers ou desservi par un chemin étroit interdit le matériel tracté et impose du travail manuel, plus lent.
  • La densité et la nature de la végétation : des ronciers et des rejets ligneux ne se traitent pas comme une strate herbacée.
  • La présence d’arbres à élaguer : l’élagage en hauteur relève d’une prestation distincte du débroussaillement au sol.
  • Le sort des rémanents : broyage sur place ou évacuation en déchetterie — c’est souvent le poste qui creuse l’écart entre deux devis.
  • La surface réellement soumise à l’obligation, qui n’est pas la surface de votre parcelle : elle se calcule à partir de la construction, et peut inclure du terrain voisin.

Un point de comparaison utile, celui-là chiffré par la loi : si vous laissez faire, la commune peut exécuter les travaux d’office et vous les refacturer (L. 134-9), en plus de l’astreinte de 100 € par jour et de l’amende de 50 € par m². Le calcul économique penche presque toujours du côté du devis.

Cas particuliers : copropriété, indivision, résidence secondaire, terrain nu #

La loi raisonne en propriétaire et en construction protégée (L. 134-8), ce qui laisse plusieurs situations courantes sans réponse évidente. Dans le doute, c’est la mairie ou la DDT(M) qui tranche localement, et l’arrêté préfectoral qui précise les modalités.

  • Copropriété : le débroussaillement des espaces relevant des parties communes est décidé et financé collectivement, selon les règles de la copropriété ; le lot privatif suit la logique habituelle. La mise en demeure est adressée à la personne tenue à l’obligation, ce qui suppose d’identifier au préalable qui est propriétaire de quoi.
  • Indivision : l’obligation pèse sur la propriété, donc sur les indivisaires. L’absence d’accord entre eux n’est pas un motif d’exonération, et la mise en demeure ne s’arrête pas aux discussions internes.
  • Résidence secondaire ou propriétaire non résident : l’obligation ne dépend pas de l’occupation du bien. Ne pas être sur place l’été ne dispense de rien, et rend d’autant plus utile la conservation de preuves datées.
  • Terrain nu : sans construction, il n’y a pas d’obligation au titre du 1°. Mais si le terrain est en zone urbaine délimitée par un PLU (3°), il est visé en tant que terrain — et si la construction d’un voisin projette son périmètre de 50 m sur votre parcelle, vous pouvez être concerné par ricochet, à la charge de ce voisin.
  • Parcelle boisée dont vous êtes propriétaire : elle peut relever à la fois du périmètre de débroussaillement d’une construction voisine et de vos propres obligations si vous y avez une installation. Les deux régimes se cumulent, ils ne s’annulent pas.

Vendre ou louer : une obligation d’information depuis le 1er janvier 2025 #

La loi du 10 juillet 2023, complétée par le décret n° 2024-405 du 29 avril 2024, a créé une obligation d’information à la charge des vendeurs et des bailleurs. Depuis le 1er janvier 2025, pour tout bien situé dans une zone soumise à l’OLD, l’information doit figurer dès l’annonce immobilière, être remise lors de la première visite et être annexée au bail (pour une location) ou à la promesse de vente, à l’acte de vente ou au contrat préliminaire (pour une vente). Elle s’intègre à l’état des risques remis à l’acquéreur ou au locataire.

Côté acheteur, cette information dit que le bien est en zone soumise à l’OLD — elle ne dit pas que les travaux ont été faits. Ce sont deux choses différentes, et c’est là que se logent les mauvaises surprises d’après-signature. Avant de signer, il est donc utile de réclamer, en plus de l’état des risques :

  • les factures des derniers travaux de débroussaillement, ou des photos datées ;
  • la copie d’une éventuelle mise en demeure reçue de la mairie, et sa suite ;
  • l’arrêté préfectoral applicable, qui donne l’étendue réelle des prescriptions dans le département ;
  • l’existence d’autorisations d’accès chez des voisins (valables trois ans) ou, à l’inverse, d’un refus d’accès qui aurait transféré l’obligation.

Pour un vendeur, l’omission fragilise la transaction. Pour plus de détail, la fiche officielle « Dans quel cas le débroussaillement est-il obligatoire ? » récapitule le dispositif.

Questions fréquentes #

Qui doit débroussailler, le propriétaire ou le locataire ?

L’obligation pèse en principe sur le propriétaire de la construction ou du terrain, selon le cas visé à l’article L. 134-8 du code forestier. Un bail peut prévoir que le locataire réalise matériellement l’entretien, mais cette clause n’exonère pas le propriétaire de sa responsabilité vis-à-vis de l’administration : c’est lui qui sera mis en demeure et sanctionné. Depuis le 1er janvier 2025, le bailleur doit en outre informer le locataire que le bien est situé en zone soumise à l’OLD.

Que faire si les 50 mètres à débroussailler sont sur le terrain de mon voisin ?

C’est à vous, propriétaire de la construction protégée, de faire réaliser les travaux sur la parcelle voisine et d’en supporter le coût. L’article L. 131-12 du code forestier précise que le voisin ne peut s’opposer aux travaux, mais qu’il peut choisir de les réaliser lui-même. Vous devez l’informer au préalable par tout moyen permettant d’établir date certaine et lui demander l’autorisation d’accéder au terrain : à défaut d’autorisation dans un délai d’un mois, l’obligation est mise à sa charge (article R. 131-14). Si l’autorisation est donnée, elle vaut trois ans et reste révocable.

Quelle est l’amende exacte en cas de non-débroussaillement ?

Après mise en demeure restée sans effet, l’autorité administrative peut prononcer une amende ne pouvant excéder 50 € par mètre carré soumis à l’obligation (article L. 135-2 du code forestier, version en vigueur depuis le 12 juillet 2023). Le tribunal correctionnel peut prononcer une amende du même ordre (article L. 163-5), assortie le cas échéant d’une astreinte de 50 à 100 € par jour et par hectare. Attention : de nombreuses sources citent encore l’ancien plafond de 30 €/m².

Le maire peut-il m’infliger une astreinte avant toute amende ?

Oui. L’article L. 134-9 du code forestier autorise le maire à assortir sa mise en demeure d’une astreinte d’un montant maximal de 100 € par jour de retard, le total des sommes demandées ne pouvant dépasser 5 000 €. Elle court à compter de la notification de la mise en demeure jusqu’à l’exécution complète des travaux. Le même article permet à la commune d’exécuter les travaux d’office, à la charge du propriétaire. Ces leviers sont distincts de l’amende administrative de 50 € par m², qui relève de l’article L. 135-2.

Mon terrain est en zone urbaine : dois-je débroussailler toute la parcelle ?

Le 3° de l’article L. 134-6 du code forestier vise « les terrains situés dans les zones urbaines délimitées par un plan local d’urbanisme », sans fixer de profondeur, contrairement aux 50 mètres prévus autour des constructions. La fiche officielle service-public.fr, vérifiée le 7 janvier 2025, en tire la conséquence pratique : le débroussaillement concerne alors l’intégralité de la parcelle, bâtie ou non. Les modalités précises restent fixées par l’arrêté préfectoral de votre département.

À retenir

  • Le déclencheur est géographique : moins de 200 m d’un massif classé à risque. Vérifiez votre adresse sur l’outil officiel, puis l’arrêté préfectoral de votre département.
  • 50 mètres autour de la maison (100 m si le maire l’a décidé), jusqu’à 10 m de part et d’autre des voies privées d’accès (profondeur fixée par le préfet), toute la parcelle en zone urbaine selon service-public.fr.
  • L’obligation déborde chez le voisin et reste à votre charge : informez-le à date certaine, il a un mois pour autoriser l’accès, et son refus lui transfère l’obligation.
  • Débroussailler, c’est casser la continuité du combustible — élaguer les branches basses, espacer les houppiers, évacuer les rémanents — pas raser le terrain. Les distances exactes sont départementales.
  • Trois textes, trois risques : astreinte 100 €/jour plafonnée à 5 000 € et travaux d’office (L. 134-9), amende 50 €/m² (L. 135-2), sanctions pénales (L. 163-5).
  • Et en cas de sinistre, jusqu’à 5 000 € de franchise d’assurance supplémentaire (L. 122-8 du code des assurances).
  • Gardez factures et photos datées : c’est votre seule preuve de conformité.

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